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Article de la Revue « chanter » de
l'Alliance des Chorales du Québec
Le Devoir 2006
Guide ressources 2005
Article no 1 de la revue « Chanter » de l'Alliance des Chorales du Québec
Souffle, Son, Vibration (Printemps 2000)

Tels sont en effet les paramètres selon lesquels je travaille et qui me guident sur le chemin d'une démarche individuelle, professionnelle et vocale toujours plus consciente et plus profonde. J'ai, de plus, le privilège d'enseigner à un nombre croissant d'individus qui pour des raisons personnelles et professionnelles choisissent ce mode singulier d'apprentissage.
Leur évolution constante et concrète m'a incitée à chercher à toujours mieux comprendre et maîtriser pour moi et dans cet enseignement la nature véritable de la voix telle que véhiculée par chacun.

Commençons par le début.

Qu'est-ce qui fait que le souffle, universel dans sa nature, puisse se manifester de façons aussi diverses et disparates dans chaque être humain ? Quel rapport y a-t-il entre le souffle et la respiration ?

Loin de prétendre ici à une explication exhaustive en réponse à ces questions, j'aimerais tout de même explorer avec vous quelques points saillants de mes recherches de plusieurs années. Nous sommes tous tributaires du souffle et pourtant chacun de nous s'en sert de façon si diverse que respirer devient presqu'aussi varié qu'il y a d'êtres humains sur terre.

Chacun, en effet, selon ses expériences de vie, depuis les traumatismes de naissance ou autres " accidents " de parcours bloque le souffle à divers endroits dans le corps, pour se protéger, sans même y penser au moment de l'événement. Je constate toutefois qu'à chaque personne ce blocage engendre un ensemble de difficultés qui éventuellement guide les gens vers cette démarche d'ordre " initiatique " (dans le sens de revenir au début, à la source).

Dans un premier temps, mon travail consiste à les aider à faire basculer intérieurement cette énergie-souffle logée dans le haut du schéma corporel vers le centre, dans le ventre.Bien qu'éprouvante et parfois même douloureuse, l'expérience physiologique de cette masse énergétique qui se " décroche " par usure et fatigue des tensions musculaires et vient se loger dans le centre, provoque une sensation de bien-être que tous se réjouissent d'avoir expérimenté.

Je citerai volontiers Bernard Besret qui fait écho aux paroles de K. Dürkheim ; " nous sommes de plus en plus nombreux à passer de l'expérience du corps que l'on a, que l'on possède comme une chose et que l'on traite comme un objet, à la perception du corps que l'on est, et que l'on peut devenir toujours plus , jusqu'à la plénitude d'un être transfiguré par le souffle qui l'habite. " " Glissement subtil pour chacun d'entre nous dans la perception qu'il a de soi et qui aboutit à la conscience de l'unité profonde de l'être humain. Ce parcours, une fois accompli, est irréversible. "

Telle mon empreinte digitale, ma voix est personnelle, unique, identifiable. Elle est à la fois le symptôme et l'instrument de mon évolution intérieure.Ma voix est un merveilleux miroir de ce que je suis dans le moment présent, de ce que j'aurais pu être, et de ce que je peux devenir ! Outil unique qui ne peut tromper personne.

Par le biais de ma voix, je peux ré-écrire mon histoire, en observant l'accumulation des tensions à travers mes actions et je peux, en usant ce monde de tensions, ouvrir la porte à une nouvelle soufflerie. Nous sommes souvent éduqués dans l'anxiété, ce qui amène beaucoup de tensions au niveau dorsal, cervical et mental. La prise de conscience de ce mode de fonctionnement peut me donner le goût et le désir de changer.

Si c'est ce que je choisis, je dois d'abord retrouver mes fondations, remettre mon " centre ", mon hara sur mes jambes, pour ensuite retrouver ma verticalité.

Murielle Matteau
Professeur de voix et de chant
Référence : Bernard Besret « Manifeste pour une renaissance »

Article no 2 de la revue « Chanter » de l'Alliance des Chorales du Québec
Souffle-Son : la pratique (Automne 2000)

Après ses études à l'Université Laval, où elle obtient un diplôme en pédagogie musicale, Murielle Matteau poursuit à Montréal ses études en musique, en voix et chant et en art dramatique avec des professeurs de réputation internationale.
Elle dirige l'Ensemble vocal Musica Viva de 1974 à 1979 et des chorales d'enfants.
Elle est soliste lors de la création de la Petite suite québécoise deMarie Bernard (1979) et instructeur national du Mouvement choral canadien (1974-1984). Elle chante à l'Opérette les rôles de Germaine (Cloches de Corneville de R. Planquette), de Zénobie (Ciboulette de R. Hahn) et de Zita (Chanson gitane, M. Yvain) ; elle est membre du Chœur de l'Opéra de Montréal de 1986 à 1997 et du Chœur professionnel de l'OSM de1995 à 1998.
Murielle Matteau poursuit sa carrière de soliste et est professeur de voix et de chant. Elle anime des stages d'expression et de voix au Canada et aux États-Unis.

Lors de la dernière parution de la revue Chanter, Avril 2000, l'article intitulé " Souffle, Son, Vibration ", le premier d'une série de quatre, signé Murielle Matteau, vous offrait l'occasion d'une introduction à mon expérience singulière de la voix et de l'enseignement qui en découle.
Dans ce second article j'aborderai avec vous l'aspect humain et libérateur de l'enseignement par son impact sur le souffle et la voix.
Louise, 50 ans, travaille pour une entreprise et vit dans une petite ville de Nord Ouest québécois avec son mari et ses 2 enfants. Elle fait aussi de la révision de texte pour un écrivain de la région où elle habite.Il y a quelques années elle est impliquée dans un accident de la route dont elle sort vivante miraculeusement. À cause d'une fracture du crâne qui laisse le cerveau partiellement exposé, elle doit porter un casque protecteur pendant 1 an et demi. Après cette période, bien que tout à fait remise sur pied et ayant repris le travail, Louise ressent presqu'en permanence des douleurs musculaires à la poitrine, aux bras et aux jambes, et des maux de tête tels que la plupart du temps elle doit se reposer quelques heures voire même plusieurs jours de suite.
Sa voix de relativement aiguë et tendue qu'elle était avant l'accident est devenue occasionnellement stridente et son débit rapide et saccadé reflète une tension intérieure épuisante.
Lorsque je lui parle du travail Souffle-Son, sans s'attarder au pourquoi et au comment, elle s'engage dans quelques séances individuelles et par la suite dans 3 stages à 6 mois d'intervalle entre chacun.
À l'aide d'exercices précis de respiration, d'étirement adaptés à elle et favorisant une bascule intérieure vers un souffle profond et une structure corporelle plus détendue, Louise constate alors jusqu'à quel point elle ne respirait pas. En fait son corps n'était que nœuds et tensions.
Ses premières séances sont une occasion pour elle de reprendre espoir dans sa capacité de retrouver un bien-être qu'elle ne croyait plus possible. Bien qu'éprouvante physiquement, chaque séance lui procure un tel bienfait de détente musculaire et psychique qu'elle devient bientôt par elle-même une pratiquante quotidienne des exercices que je lui propose.
Déjà, lorsque nous voyons Louise arriver à son 2e stage, elle est presque méconnaissable tant son visage est décontracté et sa voix, qui se pose un peu plus bas a un débit incomparablement plus calme. Elle nous fait part alors des commentaires de ses proches qui même s'ils la voient tous les jours constatent avec bonheur les changements chez Louise.

Robert " travaille " son chant depuis des années avec divers professeurs. Bien qu'amoureux de la voix et bon musicien, il a perdu le plaisir qui l'animait. Il entreprend à chaque fois qu'il chante un long parcours à obstacles dont il sort découragé, amoindri. Robert est affligé d'un problème structurel de la cage thoracique engendré par l'asthme et éprouve des tensions extrêmes au niveau des vertèbres cervicales.

Lorsqu'il entreprend le travail Souffle-Son avec moi, dès les premiers cours, une évidence se fait jour. Robert chante ténor depuis des années au prix d'efforts considérables qui alimentent des tensions physiques et psychiques. La cage thoracique est congestionnée, la respiration courte et très haute dans le corps, le son est étriqué ;en somme sa voix, telle qu'il s'en sert, lui fait mal.

Pour l'aider, je lui propose des exercices qui solidifient la base de son schéma corporel : les jambes et le bassin. Puis graduellement d'autres qui lui permettent d'ouvrir la cage thoracique et de dégager les vertèbres cervicales. Cela, bien entendu, se fait dans le plus grand respect de son intégrité physique tout en étant très exigeant physiologiquement. Il chante plus grave et son répertoire doit être choisi en fonction de cet instrument redécouvert. Il devra s'appliquer désormais à amplifier un souffle profond et accepter d'entendre et de développer une voix plus grave. Le travail très physique de libération du Souffle et des tensions est à la fois très éprouvant et très joyeux. À chaque leçon Robert redécouvre le plaisir de chanter avec l'assurance qu'il est maintenant sur la bonne voie…voix. Non seulement son répertoire change, mais son corps et son souffle se libèrent au profit d'une assurance et d'un plaisir toujours renouvelés.
Les épisodes-asthme se font de plus en plus rares et il a acquis une telle maîtrise de son souffle intégré à sa globalité physique et psychique que lorsqu'ils se produisent à l'occasion il n'en éprouve aucune inquiétude et retrouve naturellement une respiration plus calme.

Que nous apprennent Louise et Robert ?

Sans tenter une énumération exhaustive des multiples aspects et diverses applications de cette approche à la fois simple et profonde, voici quelques réflexions que nous inspirent les expériences qu'ont vécu ces deux personnes.
" Détends-toi " : Intimer à Louise, pendant un épisode de maux de tête ou à Robert alors qu'il interprétait un air de se détendre ne pouvait avoir aucun sens pour eux. Des mots dont la réalité physiologique ne pouvait que leur échapper. Il leur était indispensable par le biais du regard et de l'écoute acceptante d'un praticien expérimenté de la méthode Souffle-Son de faire l'expérience de la détente. À l'aide de l'outil que constitue un ensemble d'exercices à la mesure de chaque individu le corps et le souffle sont mis en situation de découvrir la détente par eux-mêmes.

La tension… source de détente. Ce qui semble paradoxal naît en fait de l'évidence. L'individu est guidé dans le sens de ses tensions exacerbées pour que, par l'épreuve de l'exercice le corps et le souffle prennent le relais lorsque l'ancien système de tension relâche son emprise, à bout de force. Le souffle peut alors basculer intérieurement et permettre au corps d'expérimenter un juste tonus, celui qu'il n'aurait jamais dû quitter. Un nouveau chemin se présente alors au pratiquant.
La voix témoin ; La voix de chacun, témoin ultime et infaillible indique au pratiquant et à l'accompagnateur ce qui se passe. Ce qui fait la force et la justesse de ce travail c'est la voix sur le chemin de la reconstruction et de l'harmonisation en accord avec l'ensemble de la personne. Redécouvrir le corps source de soutien dans l'assurance d'un bien-être toujours grandissant. Se redonner espoir et confiance quelque soit la situation que nous vivons.

Murielle Matteau
Article no 3 de la revue « Chanter » de l'Alliance des Chorales du Québec
L'éveil du mouvement intérieur (Noël 2000)

Dans les articles précédents (Souffle, Son, Vibration et Souffle-Son : la pratique), nous avons abordé le travail de la voix par le biais de sa description et de ses multiples applications tangibles, perceptibles entre autres dans ses manifestations extérieures. Nous aborderons, dans ce troisième article, un aspect rarement touché lorsqu'il est question de la voix et qui néanmoins nous apparaît fondamental : Le mouvement intérieur. Certains diront peut-être qu'intangible cette dimension du Souffle et de la voix leur semble sans grand intérêt. D'autre affirment que cette dimension est sous-entendue dans tout le travail de la voix et qu'il est donc inutile d'en parler. Pour ma part, l'expérience de la méthode Option-Voix me permet de percevoir dans ce mouvement intérieur, l'essence même de toute notre démarche ; celle qui alimentera les dimensions plus visibles du travail.

Jacques, un jeune retraité de l'enseignement universitaire de haut niveau a commencé le travail de la voix avec moi il y a deux ans. Pianiste amateur et chanteur à l'occasion, il désirait à l'époque retrouver par la voix un mode d'expression plus profond, plus près de lui-même, plus authentique. Bien qu'habile à lire une partition musicale et tout à fait capable de chanter des airs populaire, folklorique ou classique, il n'arrivait pas à chanter juste (i.e. sur la note). Même avec un accompagnement musical, il fléchissait tout au long de l'air et terminait un ou deux tons plus bas qu'au départ. À l'aide d'exercices précis, dans le cadre du travail individuel régulier et des stages auxquels il a participé, j'ai compris la dynamique de Jacques. Le corps était comme un accordéon replié, ne permettant pas à l'air de circuler librement et ainsi de soutenir la ligne musicale. Il fallait alors l'aider à se déplier, retrouver une tension juste et habiter l'espace ainsi découvert par un souffle vivant et soutenu. Se prenant lui-même au jeu de cette recherche intérieure, son désir de justesse grandissait au fur et à mesure de son évolution dans le travail. D'une pièce musicale à l'autre, il en est venu à chanter tout un air " juste " sur la note et dans un rapport juste à lui-même, et à comprendre comment y arriver si le corps se repliait. Il est apparu évident que s'est amorcée en lui un mouvement intérieur d'action relié à son souffle qui, dans ce cas, s'exprimait par le chant et qu'il a compris comment le maintenir vivant tout au long d'un air ; et éventuellement dans d'autres circonstances de sa vie. L'autonomie était née.

Il y a six mois, une élève vivant de grosses difficultés d'émissions vocales, m'est référée par un autre élève. Grâce à des exercices précis et rigoureux pour l'aider à relâcher l'emprise considérable de sa musculature respiratoire, à se détendre à tous les niveaux, physique et psychique et à s'unifier, Rollande commence à émettre des sons clairement audibles. Après avoir consulté de nombreux spécialistes, elle avait décidé de poursuivre la démarche dans laquelle elle ne croyait pas nécessairement au départ, faute de trouver quelqu'un d'autre que moi qui croyait qu'il était possible pour elle de retrouver la voix. Dès l'instant ou des progrès, même minimes, sont apparus, Rollande, de son propre aveu, avait mis en marche un mouvement intérieur, une force insoupçonnée qui la guidait maintenant dans son cheminement. Elle devenait capable de quitter même momentanément les harmoniques graves dans lesquelles sa voix était emprisonnée pour s'échapper vers le médium et l'aigu dans un geste vocal de plus en plus libre. Il lui est maintenant possible d'explorer librement tous les niveaux de sa tessiture vocale sans craindre de rester coincée. Le cou, le dos, les épaules, la cage thoracique se détendent graduellement pour laisser le ventre prendre le relais d'un souffle plus bas, plus profond, plus appuyé.

Une jeune chanteuse professionnelle, en début de carrière prometteuse, manifeste le désir d'aborder ce travail pour satisfaire à un appel intérieur de justesse, de rapprochement entre elle et sa voix. Depuis trois ans déjà qu'elle travaille intensivement en individuel, en stages, en classe de chant et en petits groupes, elle est passée d'une voix d'enfant à une voix adulte sans affectation mais dans l'amplitude et la maturité de son âge réel. Tout au long de sa démarche et ce, dès le début, elle sentait grandir en elle la force de ce mouvement intérieur qui était et est devenue sa principale source de motivation à toutes les étapes de son cheminement. Le guide est passé de l'appréciation des autres à celle de sa propre satisfaction qui, soit dit en passant , est confirmée par ses auditeurs qui reconnaissent l'authenticité de la voix et bien entendu de la personne.

Que nous enseignent ces personnes. Quelle que soit leur situation, chacune d'elle répond à l'appel d'une dimension intérieure plus profonde, plus dense, plus habitée. Dès le moment où, à l'aide du travail Souffle-Son, le mouvement intérieur s'amorce, s'amplifie, une force et une direction claires se manifestent et montrent le chemin de façon non équivoque.

Il est notable, toutefois, que la mise en marche de ce mouvement intérieur, engendre un véritable élan physiologique. C'est le souffle profond qui devient le soufflet de forge alimentant la flamme parfois vacillante de la vie. La voix devient alors le témoin manifeste de cette renaissance, moyen d'expression privilégié. Nous pouvons alors aspirer à la mort symbolique du souffle désuet de l'ancienne personne qui peut disparaître au profit de la naissance de l'être unifié, vivant, vertical et sonore. Le vide intérieur, souvent évoqué, représente alors l'espace nécessaire à l'inspiration du souffle initial, celui de la naissance. Eveiller, animer et maintenir la vitalité du mouvement intérieur à l'aide du souffle vital pour arriver à la voix toujours plus juste et plus en harmonie avec son instrument, la personne.

Ainsi chacun à notre façon, nous offrons l'occasion, à partir de notre désir de mieux-être physiologique et psychique, de mettre en route dans un geste qui semble imperceptible parce qu'intérieur mais tout de même initial et indispensable : le mouvement intérieur, source de vie.

Murielle Matteau
Professeur de voix et de chant
Article no 4 de la revue « Chanter » de l'Alliance des Chorales du Québec
La reconstruction par le chant (Mars 2001)

En abordant le dernier et quatrième article de cette série sur la voix et plus particulièrement sur cette méthode singulière d'enseignement de la voix, j'aimerais élaborer sur la reconstruction, cet aspect indispensable et indissociable du travail de la voix. Pourquoi en effet tout ce travail sinon pour reconstruire sa voix, son corps, sa verticalité et par le fait même se reconstruire globalement.

Comment, en effet, ces éléments peuvent-ils être aussi intimement liés ? Si nous remontons le cours de notre histoire vocale, par quoi commençons-nous ? Si nous observons le nouveau-né au moment même de la naissance, le premier élément le reliant directement à la vie est le souffle ; nous parlons ici de ce qui le fait passer de la vie ombilicale liée à la mère à sa vie propre, autonome. C'est dans ce travail avec le souffle et subséquemment avec la voix qu'une véritable reconstruction devient possible. La respiration, qui se branche sur ce souffle (le respiratoire profond), devient alors la marche à suivre pour assurer l'autonomie pulmonaire et vitale de l'enfant à long terme (la mécanique respiratoire).La soufflerie ainsi établie permet d'accéder aux autres étapes de l'initiation à la vie. Avant même de pouvoir parler, le nouveau-né entendra en lui (le son fondamental) un son qui lui est propre et qui correspond à sa nature profonde. C'est à partir de là que, conjointement à ce son fondamental, l'ensemble de ce qu'il est, âme, corps, esprit, se mettra à vibrer. Cette vibration donnera alors naissance aux premiers sons qui émanent bien d'avantage de son for intérieur que du résultat de l'imitation de sons extérieurs.

Notre petite fille de 1 an émet ainsi des " ô " depuis déjà quelques temps qui semblent visiblement le reflet de son paysage intérieur. L'expression du visage, la forme de la bouche et des lèvres, les circonstances qui témoignent des ces " ô ", semblent toutes résulter d'une harmonie personnelle, d'une conversation intérieure. En fait ce " ô " provenant de la vibration devient de ce fait la voix ; première manifestation langagière mais qui semble cependant destiné à elle-même plutôt qu'à son entourage. Par ailleurs, elle a presque simultanément commencé à utiliser des sons particuliers correspondants à des notes de la gamme. En fait sa voix chantée, par analogie, en arrive à correspondre à des mots du langage courant comme maman ou papa. Nous en arrivons donc au mot, au langage…à la voie parlée qui, en réalité est une codification particulière de sons chantés auxquels nous accordons une signification. C'est à partir de ce processus à la fois naturel et relativement complexe que le travail sur la voix est élaboré. En effet, nous croyons que pour arriver à reconstruire, voire corriger certaines problématiques de la voix parlée, nous devons passer par la voix chantée. Nous respectons ainsi le schéma d'apprentissage premier du langage de l'enfant.

Comment procédons-nous ?

Dans les articles précédents nous avons établi l'importance du souffle comme base indispensable de notre démarche. Si nous reprenons le schéma élaboré plus haut (souffle, respiratoire profond, son fondamental, vibration, voix, voix chantée, voix parlée), il apparaît clairement que la redécouverte de notre souffle sert de base méditative à l'amorce d'une action juste par l'intermédiaire de la voix. Après des exercices de respiration visant à chaque fois à alimenter plus profondément la base, la force, l'ampleur de notre système respiratoire, nous proposons des exercices de chant en progression de demi-tons du grave à l'aigu. Le grave aide à assurer simultanément avec le corps une voix qui a une base, une assise, des racines aussi pour nous garantir la stabilité, la relation à la terre qui nous porte. L'aigu, pour sa part, contribue à nous aider à nous verticaliser, faisant, de nous des hommes debout. De la terre, qui nous porte et nous soutient, nous tendons vers le cosmos, la voix faisant de nous des antennes vibrantes, des sujets communiquants. Par le travail, l'homme trouve le milieu, l'harmonisation entre les deux pôles. En exerçant la voix sur toute son étendue, le travail vise à harmoniser et ultimement à recréer une voix parlée (relation juste entre le souffle et le son) de façon à ce qu'elle reconstruise l'individu.

Nous avons vu, dans les articles précédents, comment certaines personnes utilisaient leur voix chantée ou parlée à leur désavantage ; alimentant certains blocages, certaines tensions sans même s'en rendre compte. Si par ce travail de la voix, la personne accepte la destructuration de ces tensions et blocages et leur remplacement par un système harmonisé correspondant à son schéma, elle s'offre la possibilité d'une restructuration. C'est la voix qui devient alors le guide en même temps que le maître d'œuvre de cette reconstruction à tous les niveaux de l'être humain : corps, âme, esprit. Plus il avance dans le travail, plus l'élève est capable d'évaluer dans quelle mesure il vivait dans le paraître. En effet, la voix que la plupart d'entre nous, nous sommes fabriquée correspond habituellement à un modèle extérieur qui n'a rien à voir avec l'individu tel qu'il est. L'être, par opposition au paraître, devient alors un objectif rassurant, un chemin intérieur, une façon de se rapprocher de soi. Cette démarche vers le centre, le noyau essentiel de ce que nous sommes véritablement, met en évidence tout ce que nous avons ajouté pour nous en éloigner.

Le plaisir de la démarche devient alors la découverte, le cheminement sur la route, une direction toujours à renouveler. Le travail que nous proposons à l'élève devient alors une prise en charge de sa vitalité et de son autonomie. C'est par la maîtrise des paramètres dont nous parlions plus haut qu'étape par étape l'élève progresse sur le chemin intérieur pour son plus grand plaisir en se libérant peu à peu des contraintes de l'esthétique.

L'attitude aussi évoquée dans les articles précédents doit bien entendu, animer l'ensemble de ces activités d'enseignement. L'élève bénéficie alors d'un espace exceptionnel d'ouverture dans lequel il n'est pas jugé et où il peut chercher et trouver sa voix en dehors des critères de performance. L'élève, de plus, sera invité à s'offrir à lui-même cette attitude d'acceptation inconditionnelle accélérant ainsi sa progression dans le cadre de la méthode. La reconstruction évolue alors dans le contexte d'un élan vers un mieux-être global : corps, âme, esprit, plutôt qu'à partir de contraintes extérieures étrangères à l'individu.

Notre expérience nous enseigne que l'association de la logique rationnelle et de la bienveillance de l'attitude que constitue cette méthode, sont des conditions indéniablement facilitantes de reconstruction de la voix et conséquemment de l'individu tout entier.

Murielle Matteau
Professeur de voix et de chant

 
 
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